Une fatigue qui revient sans raison, un léger vertige en se levant, une douleur derrière l’œil qui disparaît au bout de quelques jours. Pris isolément, ces signes orientent rarement vers une maladie neurologique. Reconnaître les symptômes de la sclérose en plaques suppose pourtant de prêter attention à ces manifestations intermittentes, bien avant qu’un trouble moteur franc ne se déclare.
Fatigue, vertiges et anxiété : des signaux précoces de sclérose en plaques souvent ignorés
La SEP ne débute pas toujours par une faiblesse dans les jambes ou un engourdissement marqué. Les recherches récentes montrent que les consultations en psychiatrie, ophtalmologie et neurologie augmentent des années avant le diagnostic. Autrement dit, le corps envoie des alertes diffuses que ni le patient ni le médecin ne rattachent immédiatement à une atteinte du système nerveux central.
Vous ressentez une fatigue disproportionnée par rapport à votre activité ? Ce type d’épuisement, parfois décrit comme une sensation de « batterie vide » dès le matin, constitue l’un des motifs les plus fréquents chez les personnes qui seront diagnostiquées plus tard. Il ne s’améliore pas avec le repos.
Les vertiges épisodiques posent le même problème. Ils surviennent quelques jours, s’atténuent, puis reviennent des semaines après. L’anxiété ou un état dépressif inhabituel peuvent aussi précéder les signes neurologiques classiques. Ces troubles psychiatriques précoces ne sont pas une conséquence émotionnelle de la maladie : ils reflètent une inflammation déjà active dans le cerveau.

Névrite optique et troubles de la sensibilité : premiers signes neurologiques de la SEP
Quand les symptômes deviennent plus clairement neurologiques, deux catégories dominent au début de la maladie.
La névrite optique rétrobulbaire
Une douleur derrière un œil, accentuée par les mouvements oculaires, accompagnée d’une baisse de la vision sur quelques jours. La névrite optique touche un œil à la fois, ce qui la distingue de la plupart des problèmes ophtalmologiques courants. La vision des couleurs peut aussi s’altérer, avec un aspect « délavé » du côté atteint.
Ce signe amène souvent la personne chez l’ophtalmologue. Si l’examen du fond d’œil ne révèle rien d’évident, le médecin peut suspecter une inflammation du nerf optique et orienter vers un neurologue.
Les troubles de la sensibilité
Picotements, fourmillements, sensations de brûlure ou de décharge électrique dans un membre ou le long du tronc. Ces troubles sensitifs constituent une porte d’entrée fréquente dans la SEP. Ils peuvent durer de quelques heures à plusieurs semaines, puis disparaître partiellement ou totalement.
Un engourdissement qui suit un trajet précis sur le corps (par exemple une bande autour du thorax) oriente davantage vers une atteinte de la moelle épinière qu’un simple nerf coincé.
Poussées et rémissions : comprendre le rythme de la maladie
La majorité des personnes atteintes de sclérose en plaques présentent d’abord une forme dite « récurrente-rémittente ». En pratique, cela signifie que :
- Des symptômes neurologiques apparaissent sur plusieurs jours, persistent quelques semaines, puis s’atténuent partiellement ou complètement – c’est une poussée.
- Entre deux poussées, la personne peut se sentir tout à fait normale pendant des mois, ce qui retarde souvent la consultation.
- Chaque poussée reflète un nouvel épisode d’inflammation dans le cerveau ou la moelle épinière, touchant des zones différentes à chaque fois.
Des symptômes qui changent de localisation d’une crise à l’autre représentent un indice fort. Une névrite optique à droite il y a six mois, puis des fourmillements dans la jambe gauche aujourd’hui : cette dissémination dans le temps et l’espace est précisément ce que les neurologues recherchent.
Le piège, c’est la rémission. Quand tout rentre dans l’ordre, on met l’épisode sur le compte du stress ou de la fatigue. Résultat : le délai entre les premiers symptômes et le diagnostic reste long.

Diagnostic de la SEP : IRM cérébrale et examen neurologique
Aucun symptôme isolé ne suffit à poser le diagnostic. Le neurologue s’appuie sur un faisceau d’éléments convergents.
L’examen clinique neurologique teste les réflexes, la coordination, la sensibilité et la vision. Il peut révéler des anomalies que le patient ne perçoit pas lui-même, comme un réflexe anormalement vif ou un léger trouble de l’équilibre.
L’IRM cérébrale et médullaire est l’examen clé. Elle permet de visualiser les plaques de démyélinisation, ces zones où la gaine protectrice des fibres nerveuses a été endommagée. Pour confirmer la SEP, le médecin doit démontrer que ces lésions sont disséminées dans l’espace (plusieurs zones du système nerveux) et dans le temps (lésions d’âges différents).
D’autres examens peuvent compléter le bilan :
- La ponction lombaire, qui recherche des bandes oligoclonales dans le liquide céphalorachidien, témoignant d’une réaction immunitaire dans le système nerveux central.
- Les potentiels évoqués visuels, qui mesurent la vitesse de conduction du nerf optique et détectent un ralentissement même en l’absence de symptôme visuel actif.
- Des analyses sanguines, principalement pour écarter d’autres maladies auto-immunes ou infectieuses qui miment la SEP.
Quand consulter un neurologue face à des symptômes intermittents
La difficulté réside dans le caractère banal des symptômes pris un par un. C’est leur répétition intermittente et leur diversité qui doivent alerter. Une fatigue chronique seule ne justifie pas une IRM. En revanche, une fatigue associée à un épisode de vision trouble il y a quelques mois, puis à des fourmillements récents dans une main, dessine un schéma qui mérite un avis neurologique.
Le médecin traitant joue un rôle de filtre. Lui décrire précisément la chronologie des symptômes, même ceux qui ont disparu, aide à repérer la dissémination temporelle caractéristique. Tenir un journal des épisodes (date, durée, localisation, intensité) facilite cette reconstitution lors de la consultation.
Un diagnostic précoce de la sclérose en plaques change la trajectoire de la maladie. Les traitements de fond actuels ralentissent significativement l’évolution lorsqu’ils sont instaurés tôt, avant l’accumulation de lésions irréversibles. Ne pas attendre qu’un trouble moteur franc apparaisse pour investiguer des signes intermittents reste le levier le plus concret dont disposent les patients et leurs médecins.

